Garibaldi en Sicile

Garibaldi en Sicile

Versão em Português

Friedrich ENGELS Garibaldi en Sicile

Traduction et notes de Georges SARO

Après une série d’informations les plus contradictoires nous recevons enfin des nouvelles qui semblent dignes de foi sur la merveilleuse marche de Garibaldi de Marsala à Palerme. Il s’agit, en vérité, de l’un des faits d’armes les plus stupéfiants de ce siècle et il paraîtrait presque inexplicable sans le prestige qui précède la marche d’un général révolutionnaire triomphant. Le succès de Garibaldi prouve que les troupes royales de Naples sont encore terrorisées par l’homme qui a tenu bien haut le drapeau de la révolution italienne face aux bataillons français, napolitains et autrichiens, et que le peuple de Sicile n’a pas perdu foi en lui, ou dans la cause nationale.


Le 6 mai, deux bateaux quittent la côte de Gênes avec à bord environ 1400 hommes armés, organisés en sept compagnies, dont chacune est destinée, à l’évidence, à devenir le noyau d’un bataillon à recruter parmi les insurgés5. Le 8, ils débarquent à Talamone sur la côte de Toscane et ils convainquent le commandant de ce fort, en usant d’on ne sait quels arguments, de leur fournir du charbon, des munitions et quatre pièces d’artillerie de campagne6. Le 10, ils
entrent dans le port de Marsala, à l’extrémité occidentale de la Sicile, et débarquent avec tout le matériel, en dépit de l’arrivée de deux bateaux de guerre napolitains qui, au moment voulu, sont incapables d’empêcher le débarquement. L’histoire de l’ingérence britannique en faveur des envahisseurs s’est révélée fausse et est maintenant abandonnée par les Napolitains eux¬mêmes7. Le 12, la petite troupe avait atteint Salemi, qui se trouve à 18 milles à l’intérieur sur la route de Palerme. Il semble que là les chefs du parti révolutionnaire aient rencontré Garibaldi, aient conféré avec lui et aient rassemblé des renforts, environ 4000 insurgés. Pendant que l’on organisait ces renforts, l’insurrection, réprimée mais non étouffée quelques semaines plus tôt, éclatait à nouveau partout sur les montagnes de la Sicile occidentale, et non sans résultat, comme le montre la journée du 16. Le 15, Garibaldi avec ses 1400 volontaires organisés et 4000 paysans armés avance vers le nord à travers les collines en direction de Calatafimi, où la route de campagne venant de Marsala rejoint la grande route qui relie Trapani à Marsala. La gorge qui mène à Calatafimi, à travers un contrefort du mont Cerrara appelé Monte di Pianto Romano, était défendue par trois bataillons de troupes royales avec cavalerie et artillerie sous le commandement du général Landi. Garibaldi attaqua immédiatement cette position qui fut d’abord obstinément défendue mais, bien qu’il n’ait pu engager dans cette attaque contre les 3000 ou 3500 Napolitains que ses volontaires et une partie très réduite des insurgés siciliens, les troupes royales furent successivement délogées de cinq positions fortes, perdant un canon de montagne et de nombreux hommes, tués ou blessés. Les garibaldiens ont déclaré avoir eu 18 morts et 128 blessés. Les Napolitains prétendent qu’ils se sont emparés d’un des drapeaux de Garibaldi dans cette bataille mais, comme ils avaient trouvé un drapeau oublié à bord d’un des bateaux abandonnés à Marsala, ils ont très bien pu exhiber ce même drapeau à Naples comme preuve de leur prétendue victoire. Toutefois, leur défaite à Calatafimi ne les obligea pas à quitter la ville le soir même. Ils ne la quittèrent que le lendemain matin et après il semble qu’ils n’aient plus opposé de résistance à Garibaldi jusqu’à ce qu’ils arrivent à Palerme. Ils réussirent à atteindre cette ville mais dans un état épouvantable de désorganisation et de désordre. Le fait d’avoir dû succomber devant de simples « flibustiers et de la canaille armée » rappelait d’un coup à leur esprit l’image terrifiante de ce Garibaldi qui, pendant qu’il défendait Rome contre les Français, pouvait encore trouver le temps de marcher sur Velletri et d’enfoncer l’avant-garde de toute l’armée napolitaine, ce Garibaldi qui, par la suite, avait battu sur les pentes des Alpes des soldats d’une toute autre trempe que ceux qu’engendre Naples. Leur retraite précipitée, sans le moindre semblant de résistance, doit avoir augmenté encore leur découragement et la tendance à déserter qui existait déjà dans leurs rangs et quand, à l’improviste, ils se retrouvèrent encerclés et attaqués par cette insurrection qui avait été préparée lors de la rencontre de Salemi, ce fut la débandade. De la brigade de Landi il ne rentra à Palerme, par petits groupes successifs, qu’un troupeau désordonné et démoralisé, très fortement réduit en nombre.
Garibaldi entra à Calatafimi le jour même où Landi quitta la ville, c’est¬à-dire le 16. Le 17, il était à Alcamo (10 milles) ; le 18, à Partinico (10 milles) et de là il poursuivit vers Palerme. Le 19, une pluie incessante et torrentielle empêcha les troupes d’avancer.


Entre-temps, Garibaldi s’était rendu compte que les Napolitains creusaient des tranchées autour de Palerme et renforçaient les vieux bastions croulants de la ville du côté de la route de Partinico. Les Napolitains disposaient encore de 22.000 hommes au moins et donc, numériquement, l’emportaient sur n’importe quelle force que Garibaldi aurait pu leur opposer. Mais ils étaient démoralisés, leur discipline s’était relâchée, beaucoup d’entre eux commençaient à penser qu’ils pouvaient passer du côté des insurgés, tandis que leurs généraux étaient considérés comme des idiots tant par leurs propres soldats que par l’ennemi. Les seules troupes sûres parmi eux étaient les deux bataillons étrangers. Les choses étant ainsi, Garibaldi ne pouvait risquer une attaque frontale contre la ville et, de l’autre côté, les Napolitains ne pouvaient rien tenter de décisif contre lui, même si les troupes avaient été en mesure de le faire, car elles devaient de toute façon laisser une forte garnison dans la ville et ne jamais trop s’éloigner. Avec un général d’envergure commune à la place de Garibaldi, ces circonstances auraient conduit à une série d’actions séparées et non décisives, dans lesquelles il aurait pu entraîner à l’art de la guerre une partie de ses recrues, mais où les troupes royales auraient pu aussi, en peu de temps, retrouver une bonne partie de leur confiance et de leur discipline, car elles n’auraient pas pu ne pas obtenir quelque succès dans l’une ou l’autre de ces escarmouches. Mais une guerre de ce type n’aurait convenu ni à une insurrection ni à un Garibaldi. Une offensive audacieuse est le seul type de tactique qu’une révolution peut se permettre ; un succès éclatant, tel que la libération de Palerme, devint une nécessité au moment même où les insurgés arrivèrent en vue de la ville.


Mais comment faire? Et ici Garibaldi prouva de façon brillante qu’il était un général doué non seulement pour la guérilla mais aussi pour des opérations plus importantes.
Le 20 et les jours suivants, Garibaldi attaqua les avant-postes napolitains et les positions autour de Monreale et de Parco, sur la route qui conduit de Trapani et Corleone à Palerme, faisant croire ainsi à l’ennemi que son attaque aurait lieu surtout contre le flanc sud-ouest de la ville et que c’était là qu’était concentré le gros de ses forces. Par une habile combinaison d’attaques et de feintes retraites, il amena le général napolitain à faire sortir de la ville un nombre toujours plus élevé de troupes dans cette direction, jusqu’à ce que, le 24, 10.000 Napolitains apparaissent hors de la ville, vers Parco. C’était ce que voulait Garibaldi. Il les attaqua immédiatement avec une partie de ses forces, se repliant ensuite lentement devant eux, de façon à les éloigner de plus en plus de la ville, et quand il les eut attirés à Piana dei Greci, au-delà de la principale chaîne de montagnes qui traverse la Sicile et qui sépare ici la Conca d’Oro (la Conque d’or, la vallée de Palerme ) de la vallée de Corleone, soudain il jeta le gros de ses troupes sur l’autre versant de la même chaîne, dans la vallée de Misilmeri, qui donne sur la mer près de Palerme. Le 25, il établit son quartier général à Misilmeri, à huit milles de la capitale. Nous ne savons pas, faute d’informations, ce qu’il fit des 10.000 soldats napolitains disséminés le long de la seule route, en mauvais état, qui traverse la montagne, mais nous pouvons être sûrs qu’il les a occupés convenablement par une série de nouvelles et apparentes victoires pour les empêcher de revenir trop tôt à Palerme. Ayant ainsi presque diminué de moitié le nombre des défenseurs de la
ville et déplacé sa ligne d’attaque de la route de Trapani à celle de Catane, il put procéder à la grande attaque. Le caractère contradictoire des dépêches reçues ne permet pas de savoir si l’insurrection a précédé l’attaque ou si elle a éclaté quand Garibaldi s’est présenté aux portes de la ville, nais il est certain que le matin du 27 tout Palerme était en armes et que Garibaldi prit d’assaut Porta Termini, sur le flanc sud-est de la ville, où aucun Napolitain ne l’attendait. Le reste est connu ; l’évacuation progressive de la ville, à l’exception des batteries, de la citadelle et du palais royal, par les troupes napolitaines, le bombardement qui suivit l’armistice, la capitulation. Il nous manque encore des détails sur les différentes phases de l’action, mais les faits essentiels sont désormais certains.


En même temps, nous devons affirmer que les manœuvres par lesquelles Garibaldi prépara l’attaque de Palerme le désignent immédiatement comme un général de grande envergure. Jusqu’à aujourd’hui, nous ne le connaissions que comme un chef de guérilla, très habile et très chanceux. Même lors du siège de Rome, sa façon de défendre la ville au moyen de sorties continuelles pouvait difficilement lui offrir l’occasion de s’élever au-dessus de ce niveau. Mais ici, il est sur un bon terrain stratégique, et dans cette épreuve il s’est montré maître dans son art. Sa façon d’amener le commandant napolitain à commettre l’erreur d’envoyer la moitié de ses troupes hors de la ville, sa foudroyante marche latérale pour reparaître à Palerme là où on l’attendait le moins, et son attaque énergique au moment où la garnison est affaiblie : ce sont là des opérations qui portent la marque du génie militaire plus que tout autre événement de la guerre italienne de 1859. L’insurrection sicilienne a trouvé un chef militaire de premier ordre ; espérons que l’homme politique Garibaldi, qui devra bientôt apparaître sur la scène, saura conserver sans tache la gloire du général.


Ecrit autour du 7 juin 1860.
Publié pour la première fois comme éditorial dans le New-York Daily Tribune du 22 juin 1860.
( Collected Works, vol. 17, pp. 386-390 ; Werke , vol. 15, pp. 60-64 ; Sul Risorgimento italiano, pp. 360-363).

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